une journee au chantier naval...

22/10/2007 - Pays : Australie - Imprimer ce message

 lire en musique - the clash

Ce matin la, mon reveil ne fut pas des plus doux. J’ai a peine ouvert les yeux et je sais qu’il me faudra encore diffuser de l’avance pour masquer le retard flottant dans l’air de cette grande piece. Dans moins d’une heure, j’attaquerai la derniere journee de cette deuxieme semaine de travail au chantier naval.

En tant que compagnon, la fatigue n’erpargne pas mes muscles mais m’apporte bien l’enrichissement de l’esprit escompte. Le soir je ne tiens pas, je peux tout entamer, films, mails, bouquins, mais rien finir, le sommeil prend le dessus. C’est une des sensations nouvelles pour moi.

Mon oeil encore colle, etirant un cou qui n’en a pas envie, je parcours ce garage spatieux, simple, largement confortable. Seule la lumiere qui y penetre est derangeante. Le jour entame sa danse au travers d’une fine dentelle de briques blanches, vers les cinq heures et demi. Ici, nous ne sommes pas aussi matinaux mais commencer a six heure est assez courant, sept heure pour ma part.

Je prends toujours quelques minutes pour examiner cette piece car elle est le terrain d’une bataille acharnee, moi contre le reste de la faune australienne. Il est amusant de voir les preuves d’une vie nocturne, tres intense.

parfois, je me dois d’accorder la victoire aux insectes qui sont de veritables camarades de jeu. Cette nuit, ils ont pris le pas sur mes affaires. Ah! un gros cafard sous le portfeuille, un opossum au plafond, deux araignees hunter sur l’accoudoir du sofa, qui attendent qu’une proie passe sous leurs petites mandibules. Je suis bien trop gros pour elles mais manifestement je derange. faisant fuir leurs repas, elles me balancent, du haut de l’etagere, les ailes des papillons qu’elles devorent la nuit venue. Je m’amuse a ressentir cela comme un avertissement : ‘’tiens toi tranquille, ou demain matin ton pied aura double de volume, tu es prevenu!!’’

Je me decide enfin a sortir du lit, du brouillard puis du garage. Etirant mon dos qui me fait souffir, j’enfile les vetements de travail, tantot remplis de fibres de verre de la veille, tantot encore trempes du nettoyage du pont superieur. Voici la plus desagreable des sensations, le matin surtout.

Heureusement, je me reconforte de parcourir ces quelques kilometres, le long de ces plages, de l’ocean, la ville se reveille comme mon esprit, prenant le rythme de vie rock de la radio.

Je monte un peu le son, ce morceau diffuse est vraiment trop bon, je m’en vais l’honorer par un petit jus de mangue frais a emporter, au drive de chez ‘’elsie king’’, petit snack sur la route. L’esprit reste le meme mais les habitudes changent, c’est ce que je prefere, decouvrir avec ses yeux de gamin.

Je reconnais ce morceau de ’’The clash’’, comme bon nombre de morceaux rocks qui resonnent au chantier et qui nous fait transander. Nous, les quatres compagnons, agitant nos outils fierement, saluant autour d’un café du break de 10h, l’avancement de ce catamaran de 17m.

Arrive au chantier, les grandes portes de la cathedrale de poussieres et resine sont ouvertes. En y penetrant, l’odeur du café chaud est allechante, elle est sensiblement recouverte par celle de la resine, mais nous la sentons plus.

Quelqu’un fait deja chauffer le café, Hugo est generalement le premier arrive, comme beaucoup d’espagnols, je pense, il est matinal. Il est charpentier, un homme sec d’une quarantaine d’annees qui vient de la gallicie, au nord de l’espagne. Les decriptions de son pays que nous aimont me chauffent le coeur, l’envie d’y retourner est forte, tout est y profondement different.


J’aime passer quelques minutes par jour a le regarder travailler, il est soigneux, bien organise. Ce que j’apprecie par dessus tout, ces toutes les petites combines qu’il utilise par exemple pour garder les reperes entre les pieces de bois qu’il assemble ou qu’il reproduit. Jepetto, comme je l’appelle parfois, est le generateur des bonnes odeurs de bois, de café, de quelqu’unes de mes racines hispaniques.


Cherchant le ‘’leche’’ dans le frigo, il en sort sa tete et jete d’un accent qui ne me laisse pas indifferent : ’’eh Javier que tal?’’.

Voila comment nous partageront les premieres minutes de ce qui sera une longue journee. Les petites histoires de la veille nous permettent de mettre en route la comprehension multilinguistique, l’espagno-franco-english.

Aujourd’hui, nous allons demonter toute la fibre de verre deposee sur le pont superieur du bateau. Ceci permettra de passer de 12 a 9 mois sur la construction du prochain, on va en faire un moule pour tout le pont. C’est a dire que l’on s’en servira a l’envers pour coller et prendre la forme de l’interieur.


Mais la tache sera ardue. Il ne faudra pas l’abimer lors du demontage au risqué de deteriorer la qualite de notre precedent travail, la pose de fibre de verre et de sa resine.

J’etais un peu surpris lorsque que James, le patron, me presentait l’interet de ce moule alors qu’il en est au septieme bateau de ce type. Il me raconta le temps passé chaque fois a modeller tout ces formes a la main reellement.

James est bien un artisan, il laisse trainer les factures dans tout l’atelier, recoit le materiel a l’arrache, le stocke un peu partout. Mais il a une passion qu’il communiqué aisement, il faut l’imaginer me parler des finitions en jettant des ‘’beautiful’’. Il travaille bien, tres bien meme. Il gere bien son affaire. Il n’a qu’un bateau en catalogue qu’il vend 1,7 millions de dollars. Il faut voir les equipements a bord c’est un veritable appartement de luxe sur l’eau.

Les plaisanciers qui peuvent se permettre, viennent de toute l’australie, des etats unis, et vous me croirez sans probleme, ils ne sont pas attires par la voile.

Lorsque j’avais presente mon profil a James, il fut interesse par l’organisation que je pourrai lui apporter. Il fut sincere en me disant qu’ici je travaillerais d’abord comme ‘’labourer’’, compagnon. Bien content de pouvoir m’exercer dans ce qui fut la passion de mon grand pere et de mon pere, j’accepta sa proposition. D’ailleurs, je lance une petite apparte, je pense a vous a chaque instant sur ce bateau, dans cet atelier.

James souhaitait egalement je lui plannifie la construction du prochain bateau sur MS Project. Je suis motive par cette mission parallele mais il n’arrive pas a retrouver le logiciel qu’il a achete voila maintenant deux ans.

Il me fait sourire en me disant que 10 minutes par jours seraient suffisant pour cette plannification et quand je lui explique que j’aurai besoin de l’interviewer, de savoir, comprendre les etapes de fabrication, les problemes survenus, il se tient la tete. juste la saisi informatique prendrait plus de temps qu’il souhaite m’accorder, il en est perplexe. J’aurai le temps de le convaincre, je vais certainement rester que deux mois, je ne veux pas l’embeter avec ca, nous avons un bateau a finir.

James est abattu, il ne trouve pas de travailleurs, il souhaite me sponsoriser. C’est a dire ce porter garant de la demande de residence permanente comme il le fait pour Hugo et Peter.

James est un artisan, australien, et comme beaucoup d’entre eux, un peu bourru. Le temps d’une reflexion est souvent pour lui du temps de perdu, nous savons bien que ce n’est pas le cas. Ici, en australie le travail se mesure a la quantite d’eau sur le corps, pensent ils alors a la mesure des efforts. Hors quelqu’un qui ne transpire pas est parfois, tout simplement bien mieux organise.

Revenons a ce debut de journee. James arrive enfin acompagnant son faible retard de biscuits, fatigue de la veille, il est reste jusqu’a 9 heures du soir. Avec du bon rock il pourrait y passer la nuit, il se sent bien ici, dans sa grotte, il me fait penser a un grizzili.


Son arrivee est suivie par celle de Peter. Un jeune anglais d’une petite trentaine d’annees. Il adore la france, une partie de sa famille, ses parents, son frere, y habitent comme beaucoup d’anglais recherchant une qualite de vie, de travail.

Ce Peter, c’est quelqu’un ! il a passé quatre annees a servir son pays, il ne faisait rien, il s’est engage et ne regrette pas du tout. Il a fait le tour du monde avant d’aterrir a la Rochelle, ou il a decouvert la construction de bateau. Il comprit alors que ce metier lui permettrait de continuer son tour du monde, partout ou il y a la mer, il a des bateaux a construire. C’est simple, c’est vrai.


Peter est toujours dans l’effort, physique pour lui, je le rejoinds sur cette mentalite pour repousser des limites, mes limites, plus mentales.

Je peux vous affirmer qu’excercer ce metier, dans ces conditions et vraiment tres difficile. Je comprends beaucoup de choses, notamment des messages de mon grand pere maintenant. La sagesse qu’il a conditionne pendant toutes ces annees, ou la fibre de verre te demange, te suis partout jusque dans ton lit, sur le savon, sur tout le linge que tu as frole. Tu ne peux que devenir sage ou fou.

La resine te colle et te brule la peau, jusqu’a en accepter la douleur comme cette destinee que tu as volontairement choisi. Honorer sa vie de ces difficultes est ce une raison valable? Je ne sais pas si je peux parler de bonheur que cela m’apporte mais le simple rapprochement avec une passion familiale est pour moi suffisante.

Je regrette de ne pas avoir connu plus l’activite du bois car je ressens d’autant plus la noblesse de ce materiau, ne serait ce que l’odeur.

Apres un petit briefing et la visite du futur proprio, nous nous mettons a demonter le moule.


Je pressens le probleme de la depose au sol car nous ne sommes pas bien equipe en moyen de manutention. James souhaite ne pas casser le moule ou trop le deformer. Je lui conseille de fabriquer la structure sur laquelle nous le poserons, directement dessus le moule. Nous n’aurons cas mouler de la fibre de verre autour de cette structure, prevoir des points d’accroche et ainsi soulever aisement l’ensemble de la structure avec le moule par la petite grue mobile que nous avons. L’ensemble sera assez solide pour le decoller et restera bien en place.


James n’est pas de cet avis, nous n’avons pas le temps d’attendre deux heures de plus. Nous construisons la structure porteuse, sur le moule puis nous la deposons au sol. Nous en cassons une partie mais après les reparations, la structure est enfin prete a acceuillir le moule.

Note: 5/5 - 2 vote(s).
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Par suzy
le 22/10/2007 à 09:02:17
Quelles expériences mon grand.
Je te félicite également pour ta prose.
J'ai bien aimé lire ton texte. Avec un peu de travail tu peux peut être envisager une carrière dans le journalisme ou pourquoi pas l'écriture. Bises de nous tous
Suzy
Par vanessa la grande soeur
le 22/10/2007 à 22:11:39
I am completely puzzled by what you're writing... The mixture between your experience as a foreigner and your emotions towards ship building is really moving... I do remember what Grandad used to say about it, I remember quite well the smell of glass wool and the itching of it on my hands as a child. If only our grandfather were still alive... How proud of you he would be!
I have to go to bed right now to rest my poor body and soul but I'll be back I promise some day on the Net...
Lila and Gia send their love to their "tonton".
Take care,
Nessy
Par maman
le 22/10/2007 à 22:34:51
Bonsoir mon fils,
J'ai lu et relu tout ce que tu es venu nous confier sur ton carnet.
Es-tu vraiment sûr de vivre " Ton REVE AUSTRALIEN " ? Je plaisante bien sûr, car je n'en doute pas une minute.
Comprends-tu pourquoi Papy a poussé ton père vers une autre destinée ?il ne le laissait "s'infiltrer" dans le chantier qu'à travers le bon côté du métier, à savoir la conception des bateaux, leur commercialisation par les régates et autres agréments.
Voilà tu sais maintenant que tous ces matériaux qui servent à fabriquer ces bateaux n'ont certes pas la noblesse du BOIS.

Bisous et à plus, Mam.
Par COLOMBE
le 24/10/2007 à 13:53:18
Tu m'as "scotché" mon Xav ! je ne te connaissais pas en plus de toutes tes autres qualités...celle d'écrivain ! really, un sens de la narration, un souci du détail,les odeurs, les couleurs, de l'émotion, un peu autobiographique bref...
e la nave va ...ta description du taf est littéralement "féllinienne", t'en bave mais on te sent tellement motivé par les réminiscences familiales que cela en devient vraiment, vraiment émouvant
CONGRATULATIONS !
your tatie COLOMBE
Par Caro
le 24/10/2007 à 22:59:49
Primooo!!! solo puedo decir que nos tienes a todos boquiabiertos por tus palabras, por tus reflexiones, por la forma por la que nos haces participar... ( GRACIAS ) no puedo escribir... las lagrimas no me dejan ver; me siento feliz al ver que un sueño se te hace realidad, sabes lo que daria por estar en tu lugar? por vivir una experiencia similar a la tuya? recuerdo aquella noche, junio de este verano, en la terraza de casa de tus padres, avec un cornett et des cigarettes, on parles... y me contaste las ganas que tenias de realizar un sueño, dejar todo y marchar a Australia... me dio un vuelco el corazon, y de mi boca salieron las palabras incoscientes de mi mente: ve. CARPE DIEM.
JE T`EMBRASSE TRÈS FORT
ta petite cousine

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